La procrastination: arrêter de se juger

Votre vaisselle sale s’est fait la malle après avoir muté en organisme vivant? La pile de papiers à trier sur votre bureau rivalise avec la Tour de Pise? Vous prévoyez de vous mettre au sport depuis…2002? Et tout ça vous ramène sous la couette avec un traditionnel « on verra ça demain » tout en vous rongeant les ongles d’angoisse?

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Welcome to Procrastination World, où l’art de tout remettre au lendemain côtoie les factures impayées, les to-do lists infinies, les rendez-vous reportés, les résolutions non tenues…ainsi qu’une espèce de gueule de bois permanente de stress et de culpabilité. Si la tendance à procrastiner peut par certain-es être revendiquée ou assumée (ceux ou celles qui aiment travailler sous pression par exemple), elle peut aussi faire très mal quand elle est vécue en dépit de sa volonté. Dans ce cas, j’y vois un lien étroit avec l’estime de soi et une piste pour apprendre à mieux vivre avec soi et retrouver l’énergie d’agir.

Procrastination, la mal-aimée

En tapant « procrastination, étymologie » sur mon moteur de recherche, les premiers résultats affichent: « La paresse: la procrastination, ce refus d’accomplir les tâches nécessaires à une vie bien remplie. » Hmm… une définition qui aide son lecteur à se sentir bien dans ses baskets et qui illustre à quel point le procrastinateur est considéré comme un gros loser. Il l’a bien mérité: ce gros fainéant! La procrastination, maladie moderne qu’il faut éradiquer rapidement: les méthodes ne manquent pas pour devenir pro-actif, dynamique, ponctuel, responsable: tout beau tout brillant comme un joli meuble Ikéa. Mais si vous avez déjà monté un meuble en kit, vous savez que c’est plus compliqué qu‘en apparence. (Je commence à détester le mot procrastinateur mais le garderai ici parce qu’il définit ce dont je veux parler: quelqu’un qui repousse malgré lui ce qu’il estimerait devoir faire pour se sentir serein).

Remettre au lendemain et se détester tout le temps

En observant mon fonctionnement de procrastinatrice confirmée, j’ai constaté une chose évidente: remettre systématiquement à plus tard détruit mon estime de moi chaque jour, et cela, depuis des années. Un cercle vicieux compréhensible: plus je repousse ce que j’ai à faire, plus les tâches et les problèmes potentiels s’accumulent, plus la panique m’envahit, plus je m’en veux de repousser, moins je m’en sens capable, plus je repousse, etc. Quand on souffre de troubles de l’estime de soi, procrastiner ne semble pas arranger les choses.

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J’ai commencé à arrêter de m’en vouloir avec cette hilarante (et touchante) vidéo: dans la tête d’un expert en procrastination. Dans sa conférence -écrite à la dernière minute- pleine de compassion et d’auto-dérision, Tim Urban parle notamment du mal-être et de la culpabilité qui accompagnent souvent cette habitude et nous invite à saisir le moment présent. Le courage dont il fait preuve pour parler de son « expertise » m’a motivée à aller à la rencontre de ma procrastination, qui était planquée derrière un jeu vidéo avec son paquet de chips au fromage.

J’aimerais m’y mettre et pourtant… pourquoi je n’y arrive pas?

Pourquoi je remets systématiquement au lendemain ce coup de téléphone, cette démarche administrative ou ce rendez-vous chez le dentiste? Pourquoi je ne m’occupe pas de ces petites choses bêtes qui ont leur importance? (questions habituellement posées entre deux autoflagellations). Chez moi ou chez d’autres procrastinateurs j’ai constaté que cette tendance puisait ses sources dans des éléments divers et parfois surprenants, mais dans tous les cas, complexes. J’ai aperçu:

  • Des croyances développées durant l’enfance qui ont marqué profondément le fonctionnement adulte dans la gestion des difficultés ou des contraintes. Un enfant qui grandit en entendant qu’il ne vaut rien, pourra se mettre en échec une fois adulte pour continuer à valider cette croyance ou ne se sentira à la hauteur de rien. Un autre élevé aux bons grains de « la vie c’est pas facile » pourra avoir du mal à affronter la réalité du quotidien. Un autre que ses parents auront « utilisé », « fais-ci, fais-ça » en lui imposant une disponibilité permanente aura peut-être du mal à accepter la notion de contrainte une fois adulte. Bref, je ne suis pas psychologue mais vous voyez où je veux en venir. La procrastination a ses raisons que la raison ignore parfois.
  • De la peur. La peur face à l’ampleur de la tâche ou le fait qu’elle ne nous donne pas envie de nous en occuper.
  • Une période de déprime ou de dépression: lors de situations plus ou moins longues de désespoir, la moindre tâche semble alors épuisante et vaine. « A quoi bon? » « Plus rien n’a d’importance ».
  • De l’ennui: nos vies sont aussi parfois ponctuées par des périodes de vide, où aucun projet, aucune envie , aucune relation ne nous stimulent, il est difficile d’y trouver de l’énergie et de la motivation.
  • Une perte de confiance: nous avons le sentiment d’avoir échoué quelque part (perte de son travail, rupture amoureuse, amicale etc) et nous ne nous sentons plus capables, avons peur d’échouer encore.
  • Des troubles de l’estime de soi: je ne m’aime pas, je ne sais pas prendre soin de moi puisque je n’en vaux pas la peine (ni de mes papiers, de ma voiture, de ma maison, des amis qui attendent de mes nouvelles, etc).
  • etc, etc.  ETC.
  • La paresse? Sérieusement, avez-vous réellement déjà rencontré quelqu’un de naturellement paresseux? J’ai connu des gens qui rechignaient à la tâche car ce qu’ils faisaient ne les stimulaient pas, car ils ne trouvaient pas leur place dans un groupe, car ils n’étaient pas épanouis, car ils n’exprimaient pas leur potentiel, mais les vrais paresseux, je crois qu’ils n’existent que dans les romans parce qu’ils sont délicieux à décrire ou…ici.
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La procrastination n’est un état naturel ou caractéristique de certaines personnes, mais plutôt la conséquence d’un malaise intérieur ou d’une situation où il est difficile de trouver de l’envie. Commençons à comprendre notre histoire et pourquoi nous en sommes là aujourd’hui. Comprendre ne veut pas dire chercher des excuses pour se justifier ou entretenir sa souffrance: comprendre c’est apprendre à « mieux vivre avec ». Et tout l’enjeu est là: retrouver de l’envie, apprendre à mieux vivre avec soi, avec bienveillance. Si vous le souhaitez, vous pouvez aller voir quels moyens j’ai mis en place au quotidien pour retrouver l’envie d’agir. Je vous laisse avec cette phrase que j’aime beaucoup et vous souhaite un beau chemin.

« Si vous n’aimez pas quelque chose, changez le. Si vous ne pouvez pas le changer, apprenez à l’aimer. »

 

 

5 réflexions sur “La procrastination: arrêter de se juger

  1. Pingback: Procrastiner: retrouver de la motivation | Estime de soie

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