Supercalifragilisticexpialidocious Orly-Roissy



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Dans l’autobus qui assure le transfert des voyageurs entre Orly et Roissy, un écran plat diffuse de lumineuses images des hauts lieux de Paris, ceux qu’il ne faut absolument pas rater, ceux où il faut se faire immortaliser avec cet air indéfinissable propre à ces moments inutiles, ceux où il faut s’habiller, se faire coiffer, se parfumer, se reposer, dîner, dormir, bruncher, se faire masser, danser, baiser, pisser, acheter des souvenirs, acheter du souvenir, acheter, acheter, acheter. Hauts lieux du charme typiquement français dans l’imaginaire erroné des touristes : la Tour Eiffel, le sommet de la Tour Montparnasse, les bateaux mouche, les quais de la Seine, l’avenue des Champs Elysées, la butte Montmartre, les galeries Lafayette, Dior et Hermès.

Dans l’autobus qui assure le transfert des passagers entre Orly et Roissy, le voyageur peut aussi tourner la tête sur sa gauche, et observer sur les bords du périph un bidonville, puis un autre, gigantesque, à l’ombre d’un immense centre commercial. A contre-jour il peut apercevoir des enfants qui jouent dans leur crasse innocente, trafic parisien d’un côté, zone industrielle sans âme ni fleur de l’autre.

Derrière moi, un couple âgé révise à haute voix son long itinéraire de voyage pour rejoindre les Maldives.

« – Regarde, c’est ça les Roms…
– Oh mon Dieu, que c’est triste. Les pauvres viennent jusqu’ici et regarde ce que la France leur offre.
– Et oui ma puce.
….
– En même temps ils salissent tout ! Regarde comme c’est sale !!
– Et oui…
– C’est vrai, si je devais squatter, je serais toute discrète moi, je ferais attention, je serais discrète.

Remontre-moi déjà où est Dubaï sur ta machine par rapport au Sri Lanka ? »

Devant moi, un autre couple a complètement pivoté sur son siège, et fixe avec des yeux horrifiés et insatiables le spectacle disparaissant derrière nous. « T’as vu ??? – Oh oui oui ! »

Enfant je me gavais de Mary Poppins à en vomir des arcs en ciel. Comme je rêvais fort que le ramoneur me dessine en chantant et à la craie des paysages imaginaires sur les pavés gris du jardin public, dans lesquels je pourrais sauter à pieds joints et me balader au milieu d’animaux déguisés parlant, sur le dos de gentilles tortues pour traverser la mare, des couleurs dans tous les sens…

Adulte, mon dessin à la craie est incolore, il ne se conjugue pas au futur ni au conditionnel mais bien au présent. Malgré les gouttes acides qui l’inondent, il ne s’efface pas, il s’étale. Il rase les arbres et installe de grands cubes de taule où des gens en uniforme vendent des choses et tant d’autres choses. Il fait pousser des pavillons partout, tous les mêmes. Dedans il y installe des gens qui y mettent des télés, pour oublier qu’il n’y a plus d’arbres devant chez eux, oublier qu’il existe d’autres gens avec qui parler de leurs rêves d’enfant.

Bienheureux Walden au fond de son bois. Il aime se croire seul au monde, il ne sait pas pour les pavillons et les télés, il n’a pas pris le bus entre Orly et Roissy, peut-être même qu’il dessine aux craies de fusain sur les rochers près de la rivière. Il entend chanter le vent, et peut fermer les yeux.

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