Chômage: le temps du bilan, calmement…

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[article écrit cet hiver et joliment procrastiné]

Dehors, une neige timide et pourtant tenace s’entête à peindre le paysage de blanc, mais ce dernier, aussi têtu, refuse de se parer d’hiver. J’espère que la neige gagnera, j’aime quand la nature se fait tout silence, tout coton. Ma petite chatte acquiesce, elle rêve près du feu sur son trône de velours. Il fait bien chaud à l’intérieur, un pain cuit au four, il fait encore jour. Comme j’aime ce calme… J’ai quitté mon CDI il y a dix mois maintenant. Et qu’est-ce que je fais de spécial?

Rien.

Oui, rien. J’apprends non sans peine à répondre à la question « quels sont tes projets?  » par « Bah.. rien de fou… Je lis, je dors, je prépare mon jardin, je joue à des jeux, je cuisine, je dessine, je prends soin de mes proches et joue avec Chichi, ma petite chatte. Je ne sais pas ce que je vais faire. » Toujours, une petite voix cherche violemment à me faire mentir, elle se sent coupable, elle a honte; son égo fragile aimerait de plus grandes ambitions et beaucoup de reconnaissance. Je ne peux pas lui en vouloir, il a terriblement peur du vide et des jugements.

Choisir d’arrêter de travailler fut une étape difficile, et étonnemment la période suivant cette décision tant espérée ne fut pas forcément plus confortable. En effet, si ma démission a été une vraie libération, elle a aussi représenté un grand bouleversement dans les éléments me structurant. Du jour au lendemain je perdais…

  • un réseau social: mes collègues, des partenaires, des amis, une seconde famille
  • des repères: un environnement de travail qui était devenu une deuxième maison
  • la reconnaissance sociale: ma qualité et mon étiquette professionnelle (« responsable », « chargé-e de »,…)
  • une activité principale: celle que occupée chaque jour pendant X années
  • l’illusion d’une sécurité: un salaire régulier, des avantages comme la mutuelle, les avances en cas de mois difficile…
  • un but existentiel: un but à défendre chaque jour par des actions concrètes.

Il y a quand même de quoi être déstabilisé.e… je comprends mieux aujourd’hui pourquoi il m’a fallu des mois pour me sentir à nouveau ancrée quelque part et confiante. Sans compter que dans le cadre du travail, nous sommes confrontés à nous-mêmes quotidiennement (dans notre manière d’être avec les autres, dans notre recherche d’efficacité, dans nos responsabilités, dans la gestion de nos émotions, etc), sans avoir le temps de prendre un solide recul sur notre expérience.

Etre au chômage ça ne veut pas forcément dire « rien faire »

En ce moment donc comme je le disais plus haut, je n’apporte pas ma contribution concrète et palpable à la société, car je suis chez moi, et à part les petits moments que je partage avec ma voisine octogénaire trop seule dans notre petit hameau de campagne, je suis un peu hors service dans la roue de la société.

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Mais je ne peux pas dire que je ne fais rien. Je suis profondément convaincue que c’est lorsqu’un individu est épanoui qu’il peut s’épanouir avec les autres et construire avec eux. Pour moi devenir une citoyenne active passe d’abord par la connaissance et l’acceptation de soi, l’identification de mes valeurs, le développement de la confiance en moi. Sans cela, il m’est difficile de vivre avec les Autres, de construire avec eux en sérénité et au quotidien. Sans cela je subis le flou de mes émotions, les travers de mon égo, une vie un peu aveugle qui avance ou piétine sans trop savoir pourquoi. Et pour cela je ne peux pas dire justement qu’en ce moment je ne  » fais rien ».

Je réfléchis, je me déconstruis, je me reconstruis, je suis des formations pour alimenter des centres d’interêt, développer des compétences, identifier des pistes à concrétiser, je teste des choses en autodidacte, je me renseigne sur des  projets inspirants, j’apprends de nouveaux concepts, je poursuis mon bilan de compétences, je développe mon jardin pour produire mes légumes, j’apprends à cuisiner, j’essaie d’écrire quelques articles sur un blog, je dresse le bilan de mes erreurs passées dans le travail, je comprends pourquoi, je me sens mieux armée pour le futur, je soigne les relations qui me sont chères, j’apprends à méditer pour mieux faire face à la vie, je travaille quotidiennement sur mon développement personnel… et je jouis d’un certain repos mental propice à l’éclosion des rêves. Ce n’est pas tous les jours très calme dans ma tête: j’apprends à vivre le présent, j’apprends du passé, et je prépare demain  en espérant que tout ira bien.

 

 

 

 

 

 

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